La suite de l’histoire
Bravo, tu as résolu l’enquête. Voici ce qui se passe après la révélation du coupable — raconté par Maya elle-même.
Comment ça s’est terminé
OK donc reprenons depuis le moment où vous m’avez laissée. Mercredi soir. Mon oreiller. La liste des cinq mille deux cent quatre-vingts prénoms. Les douze indices. Et moi, dans mon pyjama, en mode mini-Sherlock.
J’ai mis trois heures. TROIS HEURES. Penchée sur ma couchette, avec un crayon, à barrer des prénoms. À un moment, Tom a dû rejoindre son dortoir, et un peu plus tard dans la soirée, Aïssa et Nour se sont endormies, tout habillées. Elles soufflaient gentiment pendant que moi, je terminais de barrer des prénoms. Je voulais finir toute seule.
Quand j’ai eu LE prénom, à la fin, je l’ai relu trois fois. Pour être sûre. C’était une seule personne. Une seule. Et c’était quelqu’un que je connaissais à peine.
Et là, problème. Gros problème.
Je tenais la feuille entre mes mains, avec un seul prénom entouré au milieu de centaines de prénoms barrés, et je me suis dit : « bon, et maintenant, tu fais quoi Maya ? ».
Parce que franchement. Aller voir Vallon. Lui dire : « c’est elle ». Balancer quelqu’un, à un adulte, devant tout le monde. Non. Vraiment non. Même si c’était elle la coupable. J’arrivais pas à me résoudre à faire ce truc-là.
Mais en même temps, si je disais rien, c’est moi qui restais la suspecte. Tout le monde continuerait à me regarder bizarrement à la cantine. Et le festival continuerait avec ce truc sale qui plane. Pas ouf non plus.
Je suis restée là, vingt bonnes minutes, à fixer le prénom entouré. Sans bouger. Sans savoir.
Et puis je me suis résolue à me coucher. J’ai passé la pire nuit de ma vie. Je dormais par à-coups, je me réveillais toutes les heures avec le cœur qui cognait. Je faisais des cauchemars affreux : je rêvais que Vallon m’attrapait par le bras devant tout le réfectoire, que tout le monde scandait mon nom, que la feuille avec le prénom entouré s’envolait par la fenêtre et que je courais après sans jamais la rattraper. Je me réveillais en sueur, je regardais le plafond, je me rendormais, et ça recommençait. Une vraie nuit d’horreur.
Je me suis réveillée le lendemain dans un état second. Pendant que je me préparais en mode zombie, ma cousine Inès est entrée dans ma chambre en courant.
« Maya. MAYA. Y’a une fille qui vient d’aller voir Vallon. Toute seule. Elle pleurait. Elle a tout avoué. C’est elle qui a pris le carnet. »
J’ai regardé mon papier. J’ai regardé Inès. J’ai dit « comment elle s’appelle ? ». Inès a dit le prénom. Le même que celui que j’avais entouré sur ma feuille. Évidemment.
J’ai plié la feuille. Je l’ai glissée sous mon matelas. Je suis sortie avec Inès. Je n’ai jamais montré ma liste à personne. Pas une seule âme. Je voulais pas qu’on croie que c’était moi qui avais cafté.
Plus tard dans la journée, Vallon m’a fait venir dans son bureau. Il m’a dit que la coupable s’était dénoncée d’elle-même. Que je n’étais plus suspectée. Que tout était réglé. Il m’a serré la main. Il m’a dit pardon, « pour t’avoir mise dans cette position », exactement ces mots-là. C’était bizarre, un adulte qui s’excuse comme ça. Je crois que ça m’a touchée plus que tout le reste.
Pourquoi elle a fait ça
Je suis retournée à mes activités. Dans le domaine, on ne parlait plus que de ça. Inès, qui connaît tous les ragots, m’a expliqué ce qu’elle avait entendu dire.
Lucile, c’était la capitaine de sa délégation. Les Faucons des Falaises. Normandie. Une équipe ultra-sérieuse. Le genre d’équipe qui s’entraîne toute l’année pour ça. Et le premier jour, sur le défi d’orientation en forêt, c’est elle qui lit la carte. Elle se trompe. Elle envoie son équipe dans la mauvaise direction. Ils perdent vingt minutes. Ils finissent neuvièmes sur dix.
Le soir, dans le dortoir, son équipe lui a fait la gueule. Pas méchamment, mais bon. Tu vois. Le froid. Le « on dit rien mais on pense fort ». Et y a une fille qui a balancé : « Lucile la prochaine fois t’évites de tout faire foirer ». Voilà.
Mardi soir, elle passait près du bureau de Monsieur Vallon, qui était entrouvert. Comme il n’y avait personne, et qu’elle a vu le carnet posé là sur le bureau, elle l’a pris, sur un coup de tête. Elle s’est dit : « si j’arrive à voir les défis à l’avance, je peux préparer mon équipe en cachette. On finit dans le top 3. Tout le monde me pardonne. »
Voilà pourquoi elle a volé le carnet. Pas pour me nuire. Pas par jalousie. Juste parce qu’elle voulait être pardonnée par son équipe. Elle voulait réparer.
Bon. C’est nul ce qu’elle a fait. Mais c’est pas… méchant-méchant. C’est juste maladroit. Et triste, en fait.
La personne qui a tout vu
Reste une question. La liste des prénoms + les indices sur mon oreiller. C’est qui qui me les a déposés ?
Je m’étais résolue à ne jamais connaître la fin de l’histoire, quand, le dernier soir du festival, un garçon est venu me parler.
Il s’appelait Gaspard. Il était dans les Castors des Bois, du Jura. Un garçon que je n’avais jamais remarqué. Genre discret.
Donc mardi soir, il sortait en douce de son dortoir pour aller faire le tour du domaine. Genre, pour la beauté du truc. Pour voir la lune sur le lac. C’est ce qu’il a dit. Apparemment il fait ça tout le temps. Il marche. Il regarde. Il écoute les bruits de la nuit. Bon, sans téléphone évidemment (Vallon nous avait tous fait déposer nos appareils en arrivant). Juste avec ses yeux. Et son carnet à dessin, qu’il avait planqué dans son sac à l’entrée.
Cette nuit-là, il a vu Lucile sortir du bureau du directeur avec le carnet de Vallon dans les mains. Il l’a reconnu parce que tout le monde l’a vu pendant la réunion d’accueil.
Le lendemain, quand l’histoire a éclaté et que tout le monde a commencé à dire « c’est sûrement la fille avec les stories », il a paniqué. Il savait que c’était pas moi. Mais s’il parlait, il devait expliquer ce qu’il foutait dehors la nuit. Il ne pouvait pas.
Alors il a trouvé une autre solution. Il a piqué le double de la liste des participants dans le bureau de l’accueil (« c’était pas verrouillé », il a juré). Il a écrit les douze indices à la main, en s’inspirant de plein de trucs qu’il connaissait. Il a glissé le tout sous mon oreiller pendant que tout le monde prenait son souper.
Il s’est dit que si je trouvais toute seule, ce serait moi qui me défendrais. Et lui pourrait rester silencieux. Et garder ses balades nocturnes secrètes.
Quand je lui ai demandé pourquoi il m’avait dit tout ça à la fin, il a haussé les épaules. Il a dit : « Ben, je me sentais bizarre. Tu méritais de savoir. » Voilà. C’est tout ce qu’il a dit. Et puis il est parti dans le couloir. Tranquille.
Et maintenant
Vallon n’a rien dit publiquement sur Lucile. Il a juste annoncé à la cantine que « le coupable a été identifié, la situation est gérée, Maya est innocentée ». Tout le monde a applaudi. C’était bizarre. J’ai souri en mode forcé.
Quant à Gaspard, le veilleur de nuit du Jura — je l’ai recroisé à la cantine, le dernier matin. J’ai pas balancé.
Le festival a repris normalement. J’ai posté zéro story de toute la semaine. Je me suis dit que finalement, c’était pas plus mal. Mes abonnés survivront.
— Maya
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